Italie: «Nous ne devons pas attendre: il faut descendre dans la rue et se réorganiser»

Un entretien avec notre camarade Franco Turigliatto (L’Anticapitaliste)

Les sondages l’avaient prévu. Le résultat des élections du 25 septembre en Italie est extrêmement dur pour l’ensemble des forces progressistes. Quelles sont tes premières réactions sur cette nouvelle configuration politique ?

Il s’agit d’un moment historique très important qui implique des graves dangers pour les classes laborieuses. C’est un résultat qui voit la force la plus extrême, celle de Fratelli d’Italia (FdI), héritier du MSI (Mouvement social italien), qui s’est développée dans les secteurs fascistes et fascisants du pays, conquérir une position d’hégémonie dans la coalition des droites.

Si on se situe à l’extérieur des dynamiques internes à la coalition, il s’agit d’un résultat qui vient de loin, de l’absence d’initiative du mouvement ouvrier et syndical, des politiques d’austérité qui ont été conduites par tous les gouvernements qui se sont succédé, du détachement et de la déception vis-à-vis des politiques de ce qui devrait être défini comme la gauche et, en particulier, du Parti démocrate qui, au cours des deux dernières décennies, a représenté les intérêts de la bourgeoisie.

Il est toutefois important de souligner que si le succès de FdI, qui assèche le parti de son allié (la Lega de Matteo Salvini), est une donnée significative, les votes de la droite au niveau global ne sont pas supérieurs à ceux du passé.

Le système électoral du « Rosatellum » est anti-démocratique et anticonstitutionnel car il créé une distorsion de la représentation politique. La coalition a en réalité été élue par une minorité, 12 millions de votes sur 46 millions d’ayants droit.

Le résultat est également une conséquence des choix du Parti démocrate qui a renoncé à une alliance plus large avec le Mouvement 5 étoiles qui aurait au moins permis de réduire l’ampleur des résultats des droites dans les collèges uninominaux. Les droites unies ont en effet gagné la majorité des duels dans les collèges uninominaux de la Chambre des députés et du Sénat.

Dans ce contexte, l’élément notable qu’il est important de souligner est le rôle de l’abstention qui atteint 35% mais qui, dans certaines régions du Sud comme la Calabre, atteint des pics à 50%. Cela exprime bien la désillusion d’amples secteurs sociaux et la perte de l’espoir dans la possibilité de changer les choses. Il ne s’agit pas d’un vote de rébellion face au système et aux politiques dominantes mais d’un vote qui exprime une grande désaffection qui ne débouche pas forcément vers une activité sociale et politique.

Le deuxième élément important est bien sûr la victoire des héritiers du fascisme et je crois qu’il ne faut pas se laisser bercer par le langage lissé de Giorgia Meloni qui essaie de rassurer les marchés et la bourgeoisie ; il faut comprendre que le climat du pays va changer et qu’ils utiliseront des moyens pour mener, d’un côté, les politiques générales économiques et sociales demandées par la classe dominante et, de l’autre, qu’ils seront les acteurs de nombreuses incursions dangereuses sur le plan des droits civils, des droits démocratiques et des activités sociales et politiques.

Quelles seront les premières menaces pour le mouvement ouvrier et les minorités ?

La première menace sera certainement la gestion de l’économie à l’intérieur du cadre néolibéral et dans un contexte où les classes populaires sont confrontées à la vie chère et à l’augmentation des prix. Il s’agira d’une gestion qui se situera dans la continuité du gouvernement précédent et qui essayera de diviser la classe des travailleurs dans les différents secteurs. Cela signifiera remettre en discussion la mesure contre la pauvreté représentée par le revenu de citoyenneté. Il s’agira d’une action visant à flexibiliser encore plus le travail et à augmenter l’exploitation. Ce gouvernement utilisera des moyens répressifs contre les mouvements, les luttes et les mobilisations sociales et contre tous ceux et celles qui chercheront à s’opposer à la détérioration des conditions salariales et de vie.

En même temps on assistera je crois à des actions d’attaque, culturelles et légales, qui seront habilement conduites sur les droits civils et sur tous les droits démocratiques, mais aussi sur les organisations de la classe et des syndicats. Il y aura très probablement une remise en question de la loi sur l’IVG.

Un parti qui se fonde sur Dieu, le père et la famille agira dans ce sens, il ne faut pas se faire d’illusions. Nous ne devons pas attendre : il faut descendre dans la rue et se réorganiser, il faut construire un mouvement fort tout de suite.

Propos recueillis par Hélène Marra

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